Vivre dans une maison de verre sur "Terre à ciel" par Valérie Canat de Chizy

 

"Nicolas Rouzet interroge dans ce recueil une certaine façon d’être au monde. Comment être pleinement là quand nous sommes, d’une certaine façon, emprisonnés ? La maison de verre enferme et pourtant est ouverte sur le dehors, laisse entrer la lumière. Là est le paradoxe. Ombre et lumière cohabitent, l’une naissant de l’autre.

L’homme est prisonnier, pieds et poings liés, du bonheur qu’il s’est inventé. Celui vers lequel il tend, mais auquel il ne peut accéder, car l’impossible est un mur de pierre / où se heurte la raison.

Vient un seul chant d’oiseau
quand la forêt entière s’y blottit.
Une seule note alors
contient plus de pensée que les arbres,
plus de pensée que les hommes,
un simple trille
délivre la clef de tous les royaumes.

Nous sommes entourés de remparts mais, parfois, la simple écoute intérieure ouvre tout un paysage. Dans la simple présence à soi, au monde, réside un espace heureux.

Ne te demande pas
si tu vis penché sur le versant d’un malheur
que tu redoutes
ou sur celui d’un bonheur trop sagement
inventé,
laisse seulement un peu trembler l’eau sous
les ponts.

Le poète voudrait être cet oiseau qui s’envole de sa cage. Nous comprenons alors que la prison de verre symbolise les quatre murs de la raison. Parfois, il n’est rien d’autre à faire que de devenir silence, de laisser reposer sa volonté d’aller quelque part pour se fondre dans l’espace, de

parcourir les chemins,
tous les chemins,
devenir chemin soi-même,
y disparaître. 

Les poèmes de Nicolas Rouzet alternent avec les dessins de sa fille Pauline, en une forme subtile de complicité. "

Valérie Canat de Chizy

 

Article paru sur "Terre à ciel" en février 2022 :
https://www.terreaciel.net/Lus-et-approuves-fevrier-2022-par-Valerie-Canat-de-Chizy?fbclid=IwAR2DuLR97ITG3uuniq4Rg89ZQrHJ-PUNp2hpwXqNWA2BYsnzir8imY0OhHE#.YiIHqRPMJn5