Victorien Buisson cause d'Exopotamie

 

Article paru sur l'Office des Transports Poétik, par Victorien Buisson.


"Il existe, si l’on fait, téméraire, le voyage adéquat ; un espace nommé Exopotamie situé bien plus loin de nos rivages connus. Il s’agit d’abandonner ses brassards ; l’Exopotamie, c’est ce qui est hors du fleuve, ce qui va à contre courant ; ce qui dénote du reste et nous laisse perplexe. Pour s’y laisser porter, il convient de le faire en totalité, inutile de garder quelques idées d’avant, quelques convictions anciennes, elles nous y noieraient. Peut être écouter ce que murmure la brise, de son ton énigmatique nous poussant à réfléchir plus loin, à l’extérieur de nos terrains poétiques connus. Car, quand certaines formules nous laissent perplexes, semblent porter un sens secret qui se refuse à l’instantanéité, le vers lui, sait nous rassurer dès le premier coup d’oeil. Quand on va à travers ces phrases joliment dites, pourtant hors de la métrique qui nous était familière autrefois, on en ressort satisfait du voyage.

Éditions Exopotamie



Dans sa forme, l’Exopotamie interpelle, les vers sont brisés au profit d’un rythme aux 
cadences multiples ; d’une occupation de l’espace autre, bien plus proche du sens, de l’émotion du vers. Ici, on brise des barrières, avec comme unique préoccupation, coller à soi-même. Ici, les formes varient librement. Une femme c’est comme un indien ; Cette main qui tient le feu se servent de l’espace blanc : creuser une île, imaginer un lac, entre deux strophes. Mettre en relief la parole, en brisant le vers dans des endroits neufs, et mélanger monde sensible et indicible, en soupçonnant qu’ils ne font qu’un çà et là. La collection « Écumes » s’attarde sur cette dualité en mêlant aux strophes et poèmes, des photographies qui les illustrent. En Exopotamie, on sait illustrer par des visuels qui interpellent, les pensées fugaces et flottantes des poèmes. Cependant, loin d’une dépendance entre image et texte, l’on trouve dans Le sang des filles, une complémentarité exquise entre le texte de Julie Nakache et les visuels de Diego Arrascaeta ; l’un existe sans l’autre, unies, ils donnent une saveur toute autre. Autrement intéressant, Toutes ces choses qui font craquer la nuit offre une véritable ambiance à travers texte et dessin ; l’un et l’autre se répondent dans un dialogue tout en minutie, porté par Cécile A. Holdban. L’Exopotamie est, à mon sens, un voyage de choix, qui offre le luxe d’un recul sur le quotidien, d’un changement de regard sur la nature, la ville, les autres et nous même. Existe-t-il quelque chose de plus intime et introspectif qu’une poésie qui nous attarde sur son vers ?"

VICTORIEN BUISSON 



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