Les Éditions Exopotamie sur "Terre à ciel" par Cécile Guivarch

 

Cécile Guivarch : Bonjour chère Mélanie Cessiecq-Duprat, vous avez créé la maison d'éditions Exopotamie qui compte à son actif aujourd'hui 7 livres de poésie. Pouvez-vous nous raconter ce qui vous a mené à créer cette maison ?

 

Mélanie Cessiecq-Duprat

 

 

 

 

 

 

 

 

  © Frédéric Vignale

 

Mélanie Cessiecq-Duprat : Bonjour chère Cécile, et merci de m’accorder cet entretien. Pour tout vous dire, l’idée de me lancer dans cette aventure est venue assez tardivement dans mon parcours alors que j’avais déjà exploré ce type d’expérience, bien que de manière informelle, en créant les Éditions du Vide-Poche il y a plus de 20 ans, lors de mes études aux Beaux-Arts. Ce qui me plaisait dans cette première formule, c’est que j’étais totalement autonome dans chacune des étapes, depuis la conception jusqu’à la vente en passant par la fabrication, et que ça se passait dans une relative spontanéité. Pour chaque livre, il s’agissait juste de rassembler des textes que j’avais écrits autour d’un thème souvent en lien avec des activités nocturnes plus ou moins agitées (retranscriptions de rêves, poèmes écrits en rentrant de soirées festives…), puis de les vendre pour quelques pièces ou de les échanger contre d’autres publications artisanales réalisées par des personnes de mon entourage. Plus tard, lorsque je me suis lancée dans le monde du travail et ce durant des années, j’ai exercé plusieurs métiers en lien avec divers champs de la création qui, même si j’en comprenais le langage, les principes et les enjeux, me donnaient toujours l’impression d’être un peu à côté, comme si je touchais de près des domaines et formes d’expression qui m’étaient familiers mais où il manquait toujours quelque chose pour que je me sente complètement à ma place.

Et puis un jour, je venais de refuser un CDI dans l’École d’art où je travaillais depuis 5 ans comme coordinatrice, j’ai décidé de prendre le temps de réfléchir à ce que j’avais vraiment envie de faire de ma tête et de mes mains et là, dans une forme d’évidence plutôt inexplicable, m’est venue l’idée de créer une maison d’édition, comme si ce désir enfoui depuis longtemps avait tout à coup ressurgi des profondeurs.

 

 

Extrait de Une femme c’est un Indien, de Murièle Camac :

Un pas un autre

un bras un autre

je me choisis moi-même

comme partenaire

et je danse

avec mon dos avec ma tête

je rampe au sol et je sème

les graines de l’évidence

 

j’ai douze ans

un corps de chasseur sioux

des cheveux souples m’accompagnent

sur les ongles du vernis rouge

 

toute une vie m’attend

 

C.G. : Et comment est venu son nom, Exopotamie ?

M.C.D. : Après avoir fait le choix de prendre cette direction, j’ai passé une année à suivre différentes formations et à prendre conseil auprès d’éditeurs et d’éditrices de ma connaissance avant qu’arrive le moment, à la veille d’ouvrir ma structure, de me poser la question du nom. Assez vite, j’ai eu l’idée d’utiliser celui d’un lieu fictif pour illustrer ce que je visualisais comme un territoire qui puisse incarner la notion de terre promise, sorte de paysage idéal où, comme dans tout idéal, rien ne demeure figé ni rationnel. J’ai d’abord pensé aux Éditions Bab El Oued, du fait qu’on employait toujours cette expression dans ma famille : « se retrouver / finir à Bab El Oued », comme on dirait plus couramment dans notre culture « à Pétaouchnok ». Cet usage m’avait laissé croire qu’il s’agissait d’un endroit imaginaire jusqu’à ce que je découvre, un peu déçue, qu’en réalité c’était le nom d’un quartier d’Alger très connu ! Suite à ça, je suis passée par pas mal d’étapes avant de me souvenir de ce lieu découvert durant mon adolescence dans un livre de Boris Vian, L’Automne à Pékin, et qui correspondait à un désert : celui d’Exopotamie. Lorsque j’ai fait des recherches et que découvert qu’en effet, il n’existait nulle part sur nos cartes et que son étymologie (Exo : hors de, et potamie/potamós : fleuve ou rivière) renvoyait à celle de Bab El Oued (Bab : porte, El Oued : torrent ou rivière), j’ai décidé de l’adopter pour ma maison, avec cette satisfaction d’avoir trouvé quelque chose qui ait du sens, et même un double : le sens comme contenu explicatif et le sens comme direction. Donc d’abord celui d’une maison qui ne soit pas un bloc rigide et fermé mais plutôt un espace ouvert et mouvant, puis celui du mouvement induit par le terme même qui renvoie à l’idée d’être en dehors du flux, à l’écart, voire même à contre-courant, en choisissant de s’inscrire dans un mouvement comme celui de la poésie qui est tout sauf naturel pour la plupart des gens.

 

Extrait de Vivre dans une maison de verre, de Nicolas Rouzet :

Vivre dans une maison de verre,

dans la transparence de chaque geste.

 

Parcourir les chemins,

tous les chemins,

devenir chemin soi-même,

 

y disparaître.

 

C.G. : Donc 7 livres de poésie aujourd'hui... Quelles écritures avez-vous envie de défendre ? Comment avez-vous choisi ces 7 livres, ces 7 auteurs ? Peut-être pouvez-vous nous dévoiler pour chaque livre ce qui vous a animé particulièrement ?

M.C.D. : Pour ce qui est des écritures que j’ai envie de défendre, bien qu’elles soient toutes différentes selon les auteurs et autrices de qui elles émanent, il y a quand même des points communs dans les contenus qu’elles véhiculent et leurs motivations, comme un certain regard porté sur l’actualité et le monde, ou l’attention accordée au rapport entre les êtres. Que ce soit sur des questions liées à l’intime, dans les gestes et actions du quotidien, le rapport au langage, au corps, à l’autre ou à soi-même, ou sur des thèmes plus larges, qui comportent des aspects plus ou moins philosophiques, renvoyant aux croyances, à la création, l’Histoire ou encore la politique, tout ce qui a trait à notre époque et au vivant sont des points qui me touchent particulièrement, qui me « parlent » même je dirais, et que j’ai envie, à mon tour, de faire entendre à d’autres.

Concernant la façon dont j’ai choisi les 7 livres parus entre 2020 et 2022, chacun a son histoire particulière. Le premier, Matin de lumière, c’est moi qui suis allée le chercher en contactant un jour son auteur, Jasmin Limans, que je suivais depuis longtemps sur les réseaux sociaux et dont certains poèmes faisaient écho à des réflexions qui m’animaient à l’époque, et qui m’animent toujours d’ailleurs. Ce qui m’a plu dans son écriture, c’est d’abord une forme d’abondance, de générosité, qui ne cherche pas à correspondre aux tendances actuelles qui vont souvent vers l’économie. Ses textes naviguent entre lyrisme et cynisme avec une certaine radicalité, dans des formes denses et souvent visuelles, comme des peintures expressionnistes, parfois figuratives, parfois abstraites. Ce premier livre s’est construit en même temps que je préparais le lancement de la maison d’édition et cela a créé un lien fort avec cet auteur qui est devenu quelqu’un qui compte encore pour moi aujourd’hui.

 

 

Extrait du livre Matin de lumière de Jasmin Limans :

Parfois nous devons fracasser la conscience

Détruire les causes les circonstances et leurs justifications

Jusqu’à l’extermination du doute

Jusqu’à l’anéantissement de l’angoisse

 

Notre résistance est une révolution permanente

Nous avons raison de revenir ici pour faire la chasse à notre

propre je – notre chien de je d’amour infidèle –

notre moi injustifiable

 

Je pense que ce serait trop long et ennuyeux pour les lectrices et lecteurs de raconter la genèse de chaque livre mais je peux vous dire que même si certains manuscrits sont arrivés entre mes mains par l’intermédiaire de connaissances communes ou à l’issue de rencontres faites de mon côté, j’ai essayé de traiter chaque texte au même titre que ceux trouvés dans ma boîte aux lettres, en accordant un regard aussi objectif que possible à chacun. Maintenant, pour citer quelques anecdotes significatives, il y a eu celle du livre qui paraîtra en mars prochain, Le sang des filles, de Julie Nakache, dont j’ai reçu le manuscrit peu après avoir rencontré l’autrice sur un salon, et alors que j’avais gardé de cet échange la sensation d’une connexion particulière, le texte qui a suivi s’est trouvé correspondre à ma première impression puisque tout avec elle, depuis le début de notre rencontre jusqu’à la fin de la conception du livre, s’est déroulé dans cette même forme de connivence et de fluidité.

 

Julie Nakache, Diego Arrascaeta

 

Extrait du livre Le sang des filles, de Julie Nakache :

On se penche

tente de saisir les fils qui nous relient

on murmure pour se réconforter

perdues dans nos guerres

reines-mères-guerrières-sorcières

sous les bombes et les bûchers

on cherche les chemins de traverse

 

Les corps déchirent la page

empêchent la parole

le sang écrit ne souille pas le papier

des meutes de mots sur ta peau

 

des bêtes

 

nous sommes

soumises à la tendresse du chant.

 

Pour finir sur une dernière expérience, le manuscrit du livre paru à l’automne 2022, Cette main qui tient le feu, de Tom Saja, est arrivé dans ma boîte le jour-même où j’emménageais dans une nouvelle maison, avec une lettre d’accompagnement qui a tout de suite su capter mon attention. Elle commençait par « Chère Exopotamie ». Aussi anodin que cela puisse paraître, la formule a eu son petit effet ! Sans compter qu’en plus de la qualité du manuscrit qui allait avec, l’auteur parlait avec engouement d’un des livres que j’avais édité auparavant – Poésie-Paléo, de Maxime Morel – en citant ce qu’il percevait de commun avec son propre texte, le tout dans une forme de sincérité qui ne laissait aucune place au doute. Parce qu’il faut bien le dire, beaucoup oublient lorsqu’ils envoient leurs manuscrits, que la lettre d’accompagnement ne consiste pas seulement à présenter son texte et à parler de soi, mais à dire aussi quelques mots sur la maison à qui l’on s’adresse !

 

Tom Saja

 

Extrait de Cette main qui tient le feu, de Tom Saja :

La civilisation est une lame

un feu dans la nuit

une démangeaison dans le dos du voyageur qui

n’ose regarder en arrière

elle placarde ses leurres à hauteur d’homme

elle vient lécher de sa brûlure les parois du cœur sauvage

les murs invisibles de nos vies submergées

 

elle sait s’y prendre pour nous réduire en statues de sel

un tour qu’elle a peaufiné à travers les siècles

elle qui a appris au vieux singe à faire la grimace

 

C.G. : Vous avez créé plusieurs collections, un petit mot pour chacune ?

M.C.D. : Il en existe 3 pour l’instant :

  • La Collection Éclats, qui porte des textes relativement solaires, avec des formes libres, qui s’inscrivent dans des cadres comme le paysage, le déplacement, le mouvement, et élaborent des réflexions autour de sujets philosophiques en lien avec la création, la nature, l’amour, la mort…

  • La Collection Échos, qui s’attache à des voix plus concises mais tout aussi percutantes, qui résonnent dans des espaces plutôt intimes, pour mettre en avant et creuser autour du langage des sujets comme l’intériorité, l’enfermement, la singularité, avec un parti-pris pour l’oralité.

  • La Collection Écumes, qui donne lieu à des livres hybrides, issus de la rencontre d’un texte et d’une œuvre visuelle ou sonore (peintures, dessins, bandes-son, collages, photographies...), produite par un·e artiste ou par un collectif.

Une autre collection verra bientôt le jour, la Collection Extras, qui permettra de donner lieu à des livres aux formes et contenus un peu à part, qui n’entrent pas dans les 3 premières, et où chaque livre sera conçu comme un objet unique, avec son propre format.

 

 

Extrait de Fugues, de Marie Lo Pinto :

 

L’anagramme de mon prénom est un

verbe et un poème.

 

 

Quelquefois je suis comme Simone :

je renonce à tout objet de croyance

afin de soutenir mon désir de croire.

 

 

Je n’ai rien à dire de ce dont je ne peux

parler, mais j’aime bien en dire quelque

chose.

 

 

C.G. : Pour la suite, est-ce que vous êtes ouverte à des envois spontanés ou préférez-vous solliciter vous-même des auteurs ?

M.C.D. : J’avoue que j’ai reçu tellement de manuscrits ces derniers mois que je n’ai pas eu d’autre choix que de fermer temporairement la porte aux envois spontanés. Ça commençait à devenir compliqué de traiter toutes ces propositions sans que ça empiète sur le reste. Je vais donc m’occuper de celles déjà reçues et me réserver du temps pour travailler sur les livres que je prépare et ceux déjà parus que je souhaite accompagner le plus loin possible. Je verrai par la suite, lorsque j’aurai rattrapé mon retard, si je rouvre les vannes ou non. Je me doute que ce choix est difficile à entendre pour des personnes qui cherchent à se faire éditer, mais le temps passé à lire des manuscrits n’est pas des moindres et il faut bien se donner des priorités quand on veut avancer sans faire perdre de temps et d’argent à celles et ceux qui font lé démarche d’imprimer leurs textes et de nous les envoyer par La Poste.

C.G. : En tant que jeune maison d'édition, quelles difficultés rencontrez-vous ?

M.C.D. : Les principales difficultés sont la diffusion et la vente des livres, donc tout l’aspect commercial qui, pour moi, est l’endroit où je me sens le moins à l’aise. Parce que si l’on veut durer dans le temps, financièrement comme psychologiquement, il faut s’accrocher pour disposer d’un roulement suffisant en termes de trésorerie d’abord, mais aussi pour faire sa place dans le monde de l’édition, surtout en poésie où le terrain est un peu miné. Du côté des libraires d’abord, qui sont souvent frileux au regard des faibles ventes que cela leur rapporte – ce qui peut aisément se comprendre –, mais aussi du côté des maisons d’édition déjà installées et dont certaines ont le monopole en la matière, soit parce qu’elles misent sur les grands classiques ou qu’elles publient de nouveaux auteurs qui marchent bien, soient parce qu’elles produisent en quantité suffisante pour qu’on parle d’elles régulièrement. Et puis ces maisons ont souvent des contrats avec des diffuseurs et des agents de communication qui se chargent de les faire connaître auprès des libraires et des médias, ce qui est impossible quand on débute et même après, si l’on ne vise que quelques titres par an.

C.G. : Quels sont vos moyens pour mettre en visibilité vos publications ? Comment ont été accueillies les premières publications par la presse ?

M.C.D. : Ce que j’essaie de mettre en place pour l’instant, c’est de démarcher des librairies dès que j’en ai l’occasion, d’augmenter ma présence sur les salons et festivals, et surtout de développer la partie évènementielle en organisant des lectures, performances et rencontres, qui me semblent être le meilleur moyen de porter la poésie au-delà du livre qui reste un support d’activité solitaire et surtout silencieuse, qui ne permet pas de faire ressentir physiquement ce que peut provoquer le son d’une voix, la présence d’un corps, surtout quand il s’agit de celle de la personne qui a écrit le texte. Et pour moi, mettre en scène la poésie, en toute simplicité mais en réelle conscience, avec justesse et affirmation, est une façon de lui donner corps, de la faire vibrer, la partager, en délivrer les clefs – au moins quelques-unes –, afin de permettre aux lecteurs et lectrices d’entrevoir ce qui, figé dans des pages, peut parfois leur sembler trop rigide.

 

 

Extrait de Ce peu et tout chavire, de Samuel Buckman :

 

langue / expire un peu / langue / avec

calme et volupté / ne lésine sur rien

qui puisse irriter ta surface / sur la

moindre petite chose qui puisse faire

tout chavirer / ne laisse rien passer /

plus elle tourne / la langue / plus elle

tourne bien / même si c’est à vide /

tambour battant / elle tournicote /

à en perdre la tête / elle s’engraisse /

s’embourbe / s’englue / s’étourdit / c’est

le paradis du dimanche soir / pas la

peine de t’emballer / langue / tu as

beau te baigner dans la lumière / bercée

par le soleil / levant couchant / tu

n’entends rien / tu ne vis pour rien / tu

ne vois rien / maintenant / tu comptes les

briques / les briques qui t’emmurent / à

petit feu / des briques pas visibles / du

mur invisible / tu n’as même pas un

petit rien pour t’accrocher / ce petit

quelque chose pour grandir / langue /

 

Pour répondre à votre question sur l’accueil de mes premières publications par la presse, je dois dire que c’est une autre des difficultés qu’il faut se coltiner. Il est évident qu’en débarquant sur le marché, à moins d’avoir un gros coup de chance en sortant rapidement un livre qui remporte un prix ou connaît un succès fulgurant, cela prend du temps pour faire connaître ses livres et construire la réputation de sa maison. À chaque nouvelle parution, il faut « arroser son réseau » en envoyant des exemplaires à des chroniqueurs de revues et de sites dédiés et sur le lot, on obtient parfois des articles qui peuvent avoir une certaine résonance dans le milieu mais ce n’est jamais gagné. Et même si ça donne un peu de visibilité, ça ne se ressent pas forcément dans les ventes. Selon les livres il y a eu des recensions sur Sitaudis, Poezibao, chez vous sur Terre à Ciel, sur Décharge, Traction-Brabant, Prologue (le journal de l’ALCA), Libr-critique, Poésie/Première… et je suis très reconnaissante envers toutes les personnes qui ont pris la peine d’écrire de rédiger ces chroniques car je sais que ce genre d’exercice représente beaucoup de temps et d’implication.

Maintenant, je suis consciente que tout est question de temps dans ce travail et que si ça doit fonctionner, ça se fera sur le long terme, avec patience, persévérance et surtout optimisme, car il en faut au quotidien pour ne pas se décourager face à tous les murs auxquels on se heurte, que ce soit vis-à-vis des refus de subventions, des envois à la presse qui n’aboutissent pas, ou même des libraires qu’on a appelé trois fois et à qui on a envoyé deux mails pour voir l’échange se conclure sur un « Merci mais nous ne sommes pas intéressés ». En même temps, se faire refouler, ça fait aussi partie des choses auxquelles il faut apprendre à faire face et surtout, ne pas rester sur des échecs pour mettre son énergie là où ça vaut vraiment le coup, avec celles et ceux qui sont prêts à nous suivre d’une manière ou d’une autre.

 

 

Extrait de Poésie-Paléo, de maxime Morel :

Quand le regard regarde

ce qu’il voit le regard

ce n’est pas l’océan

le regard ne voit pas non plus le phare

entre le ciel et l’océan

 

Dans l’interstice qui se situe en dedans de cet

interstice

le regard voit reconstitue encore

le regard retravaille sa mémoire vive

le regard voit cet autre regard

le regard touche par la peau

le regard touche par les cheveux

le regard touche par les mains

par les positions des mains

avec des mains à mille doigts

 

C.G. : Et avant de se dire au revoir, et car nos lecteurs sont curieux, quels sont vos projets à venir ?

M.C.D. : Au Printemps des poètes est prévue la sortie du livre de Julie Nakache dont je vous parlais tout à l’heure, Le sang des filles, qui sera le deuxième titre de la collection Écumes (celle qui met en rapport un texte avec une autre forme d’expression artistique). Ici, les poèmes de Julie rencontreront des œuvres visuelles mêlant peintures, dessins et captures vidéo de l’artiste argentin Diego Arrascaeta. Toujours dans la même collection, un autre livre intitulé Toutes ces choses qui font craquer la nuit, de Cécile A. Holdban, paraîtra en juin, lors du Marché de la poésie de Saint-Sulpice. Pour la suite, à l’heure où je vous parle mon troisième projet de publication vient de tomber à l’eau et j’hésite encore finalement, à faire paraître un troisième titre cette année donc je préfère ne pas m’avancer pour l’instant. En tout cas merci de m’avoir accueillie et bravo pour tout ce que vous faites en faveur de la poésie et de celles et de ceux qui s’entêtent à la faire exister.

 
Extrait de Toutes ces choses qui font craquer la nuit, de Cécile A. Holdban :
 

184
Depuis longtemps
le poème
me cherche

185
Peut-être qu’aujourd’hui
n’est pas encore
ma saison

186
Mûres, menthe, origan
si tout pouvait ainsi
se deviner les yeux fermés  

                                                                                                           

Article  paru sur Terre à ciel le 14 février 2023 :
https://www.terreaciel.net/Editions-Exopotamie#.Y-u7d3bMKCo